Le chénopode Bon-Henri, sauvage ou cultivé

Estomaqué, le jardinier anglais William Robinson lors de son arrivée à Paris en 1867 ! Il enquêtait alors sur la production légumière vendue sur les marchés de la capitale. Le futur auteur de The Wild Garden (1870) et The English flower Garden (1883) témoigne avec enthousiasme de la fraîcheur et de l’étendue de la gamme proposée : « un perpétuel mois de mai ». Artichauts, cardons, pommes de terre (en nombreuses variétés, primeurs ou tardives), arroches rouges et blanches, cerfeuils tubéreux remplissaient à profusion les étals. Il s’attarda en particulier sur ce « légume réellement fin et délicieux », le chénopode Bon-Henri.

Un chénopode qui n’était alors ni une originalité ni une nouveauté ! De longue date, les Suisses s’en servaient pour préparer une sorte de potage mélangé de lait et de fromage qu’ils nomment grachettaz. Les Savoyards l’appréciaient sous le nom de varcouagne. Dans le Valais, il était nommé vercognes et dans le Comté de Nice sangarrigou. « Tétragone » même, dans le Vercors (il est alors confondu avec le fameux « épinard de Nouvelle Zélande » ramené par le botaniste Joseph Banks lors de la première expédition du capitaine Cook). Croissant naturellement dans une bonne partie de la France, il était également cultivé dans les jardins sous le nom d’ « épinard sauvage » ou d’ « épinard champêtre », d’ « arroche vivace » et de « toute-bonne » – par analogie avec l’arroche annuelle -, d’ « oseille de Tours », d’ « ansérine Bon-Henri » ou d’ « épinard du Roi Henry » (1). C’est dire sa popularité !

Si le chénopode Bon-Henri reste toujours la plante la plus récoltée à l’état sauvage dans les Alpes, c’est également un légume particulièrement facile à vivre au jardin. Vivace par sa souche, il reste en place et produit  pendant 5 ans ou plus. Il est cependant préférable de le diviser tous les 3 ou 4 ans au printemps. Les éclats sont directement mis en place à 30-40 cm dans un sol bien drainé et riche en humus. Très accommodant quant à l’exposition, il se satisfait de la mi-ombre (et même de l’ombre), en particulier en été.

Le semis est possible. Mais il est alors préférable d’attendre l’automne : la levée (printanière) est plus régulière. Les graines brun-noir, luisantes et arrondies peuvent être directement prélevées sur les souches en place et de suite semées en pépinière (les petits fruits entourés de bractées arrondies ne s’ouvrent pas spontanément à maturité et demandent à être égrenés entre le pouce et l’index). Prodigue, chaque pied peut produire jusqu’à 50 000 graines.

C’est au début du printemps que ses élégantes petites feuilles en fer de lance sont les plus savoureuses. Elles se dégustent alors crues en salades. D’abord légèrement rougeâtres, elles prennent en grandissant une belle couleur vert foncé. Elles sont cueillies et cuites de diverses façons, un peu à la manière des épinards. Marc Veyrat proposait en son temps un aristocratique turbot vapeur au chénopode bon-henry !

(1) Son appellation de « Bon-Henri » est commune dans toute l’Europe : en anglais Good King Henry, en Allemand Guter Heinrich, en espagnol, buen Enrique, en italien bono Enrico, en néerlandais, gorde Hendrik, brave Hendrik, golde Hendrik, etc… Issu de l’ancien allemand « Gut heinrich » – heinrich qualifiant les plantes croissant aux abords des habitations – son nom ne doit rien à notre « bon roy Henri »… Quoique ! Une poule au pot accompagnée d’un croustillant gratin de chénopode Bon-Henri ! …

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