L’amarante réfléchie

Une plante pousse dans notre potager et je n’arrive pas à l’identifier. Elle doit mesurer 50 cm pour le moment mais n’a pas terminé sa croissance.

amarante-reflechie-dans-le-jardin

Votre plante appartient à un genre botanique surtout cultivé chez nous dans les jardins d’ornement, essentiellement sous la forme des diverses variétés d’amarantes dites « queue-de-renard », très reconnaissables à leurs longues panicules retombantes pourpres. Mais sa vocation alimentaire reste importante dans les régions tropicales et subtropicales, tant en Amérique du Sud, qu’en Asie et en Afrique. De nombreux types différents y sont cultivés comme légumes (ce sont alors les jeunes pousses et les feuilles qui sont consommées) ou comme céréales. Leurs nombreuses graines présentes en effet une richesse en protéines tout à fait exceptionnelle.

Cette « mauvaise herbe » qui prend ses aises dans votre jardin est la plus commune des 6 espèces d’amarantes aujourd’hui spontanées en France (et par ailleurs pas toujours facile à distinguer les unes des autres). L’amarante réfléchie (Amaranthus retroflexus) – c’est d’elle qu’il s’agit – a été introduite d’Amérique centrale comme légumes il y a plus de quatre siècles. Si elle n’a pas rencontré les faveurs culinaires de nos aïeux, elle s’est sentie à l’aise chez nous au point de s’y acclimater. Particulièrement prolifique, elle mûrit jusqu’à 12 000 graines par pied. Ne vous étonnez donc pas que l’une d’entre elles ait pu s’égarer dans votre potager !

Comment reconnaitre l’amarante réfléchie ?

Identifiable à sa tige dressée et non rameuse (ou alors à rameaux très courts), parfois rougeâtre – pas chez la vôtre, mais ça peut encore venir -, l’amarante réfléchie développe des feuilles d’autant plus amples que le sol où elle pousse est riche en matière organique, la chaleur importante et l’eau abondante. Elle fleurit en deuxième partie d’été sous la forme d’une longue grappe terminale verdâtre, complétée à l’aisselle des feuilles d’épis plus courts.

Elle fait partie de ces plantes « sauvages » aujourd’hui ramassées et utilisées en cuisine. Les jeunes feuilles sont alors préparées en salade ou passées quelques minutes à la vapeur. Plus âgées, elles constituent toujours un excellent légume cuit dont la saveur oscille entre celle de l’oseille et de l’épinard. Les sommets des jeunes tiges et des nouvelles inflorescences peuvent également être cueillies et apprêtées en cuisine. Réduites en farine, les petites graines noires permettaient jadis aux peuples du Mexique de préparer des sortes de galettes (les tortillas actuelles sont faites avec de la farine de maïs).

Quasi déifiées, les diverses amarantes sont sorties de leur ghetto botanique depuis deux ou trois ans après avoir montré in situ leur capacité d’adaptation au fameux herbicide glyphosate de Monsanto. Alors que certains espèrent déjà que ces plantes feront mettre les genoux à terre au géant de l’agronomie – le symbole serait fort -, c’est peut-être le moment de faire un petit point sur cet étonnant genre botanique.

D’où vient l’amarante ?

Consommées et probablement cultivées en Amérique centrale 7 000 ans avant notre ère, les diverses amarantes (Amaranthus hypochondriachus (1), A.cruentus,A. caudatus) étaient plus que des plantes alimentaires pour les civilisations précolombiennes. Dédiées à Quetzalcóatl – le « grand serpent à plume » -, leur importance rituelle au XVIe siècle sera telle que, lors de la conquête du Mexique, les Espagnols en interdirent l’usage dans les cérémonies religieuses. Histoire de montrer qui était le chef !…

A la fin du XIXe siècle, d’autres espèces, d’origine asiatique cette fois (Amaranthus gangeticus, A.oleraceus), ont été préconisées comme légumes sous le nom d’ « épinard de Chine » par la société française d’acclimatation. Spectaculaire par les couleurs vives de ses feuilles, l’actuelle amarante de Chine, toujours – quoique rarement – cultivée au potager, reste un reliquat de cette époque.

(1)   Nul n’étant prophète en son pays, cette espèce est aujourd’hui cultivée comme céréales dans les montagnes du Sud de l’Inde et a pratiquement disparut du Mexique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer